Eaux polaires : les enjeux d’une acidification accélérée (in French)

Le Dr Donna Roberts, scientifique australienne de l’Université de Tasmanie, est à la tête du projet Antarctic FOCE. En partenariat avec le Monterey Bay Aquarium Research Institute (MBARI), en Californie, elle veut évaluer les effets de l’acidification des eaux polaires sur les organismes marins. Un véritable enjeu car la baisse du pH, qui y est deux fois plus rapide qu’ailleurs, pourrait préfigurer le futur des autres océans. Elle revient sur sa démarche.

Pourquoi mesurer les effets de l’acidification des océans en Antarctique?

La température est un paramètre important dans la chimie des océans. Ainsi, le CO2 est plus soluble dans les eaux froides. Exactement comme le champagne, qui conserve mieux ses bulles au réfrigérateur ! Les eaux froides polaires sont donc celles qui absorbent la plus grande quantité du CO2 émis par les activités humaines. Du coup, le processus d’acidification du milieu marin est plus important aux pôles : le pH y change deux fois plus vite que dans les eaux tropicales et tempérées. Il est par conséquent crucial d’évaluer l’impact de cette acidification accélérée sur les écosystèmes polaires. C’est ce que nous projetons de faire en Antarctique. Nos observations permettront aussi d’anticiper sur ce qui pourrait advenir dans le reste des océans si les émissions de CO2 continuent d’augmenter.

Comment allez-vous procéder ?

En collaboration avec les chercheurs du Monterey Bay Aquarium Research Institute (MBARI), en Californie, nous sommes en train de mettre au point la première expérience polaire FOCE (Free Ocean CO2 Enrichment) : l’objectif est de soumettre une zone, au fond de l’océan, à la baisse de pH prévisible à l’horizon 2100. Nous étudierons la réponse de l’écosystème à cette acidification locale artificielle. Avec ce dispositif technique, nous n’observerons plus un seul animal dans un aquarium, mais les conséquences sur toute une communauté d’organismes dans leur milieu naturel. C’est la seule manière de connaître les effets à long terme de l’augmentation du CO2 sur les océans ; nous espérons apporter des arguments scientifiques solides sur lesquels s’appuyer pour prendre les décisions nécessaires pour le futur.

Quel est l’avancement de votre projet Antarctic FOCE ?

Jonathan Reeve, de l’Australian Antarctic Division, avec qui je collabore, m’apporte son aide scientifique et technique. Nous avons entamé un partenariat avec Bill Kirkwood, du MBARI, pour développer la technologie FOCE pour notre projet polaire. Nous réunissons aujourd’hui les fonds et le support logistique. Nous avons obtenu un soutien du gouvernement australien pour financer l’équipement et l’autorisation de mener notre expérience sur le territoire antarctique australien. Nous déploierons la première expérience FOCE polaire en 2014.

Catherine Brun, Fondation BNP Paribas, 17 May 2013. Article.


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