Inquiétude croissante autour de l’acidification des mers (in French)

Des scientifiques font le point en Méditerranée

Il y a 65 millions d’années, l’acidification de l’océan a conduit à l’extinction massive des organismes marins calcaires dont les récifs coralliens, composante du réseau trophique marin, ont disparu. Il leur a fallu des millions d’années pour se reconstituer. Heureusement, il n’y avait pas d’hommes, en ce temps-là, pour pâtir de cette situation.

Que se passerait-il si le scénario se reproduisait à cause de l’augmentation d’émission de CO2. L’acidité́ des océans a cru de 30 % depuis le début de la révolution industrielle. C’est 100 fois plus rapide que celle subie par les organismes marins depuis au moins 20 millions d’années. A ce rythme, l’océan deviendra corrosif pour les coquillages de nombreux organismes marins d’ici à la fin du siècle. Cela rendrait la plupart des régions océaniques inhospitalières pour les récifs coralliens, affectant le tourisme, la sécurité́ alimentaire, la protection du littoral et la biodiversité́.

L’alarme sur ce sujet a été à l’origine du 2ème symposium sur l’océan dans un monde avec un taux élevé́ de CO2, qui s’est tenu au Musée océanographique de Monaco en 2008. 220 scientifiques venus de 32 pays ont décidé d’aller plus loin dans la connaissances de l’impact de l’acidification des océans sur la chimie et les écosystèmes marins, d’en étudier les dimensions soció-économiques et politiques.

Le premier grand projet international de recherche autour des conséquences de nos émissions de CO2 sur les organismes et écosystèmes marins, dénommé EPOCA (European Project on Ocean Acidification), a été lancé avec un budget de 16,5 millions d’euros sur 4 ans, dont 6,5 financés par l’Union Européenne. Au bout de quatre ans de travail, plus d’une centaine de chercheurs de dix pays européens (Allemagne, Belgique, France, Grande Bretagne, Islande, Italie, Norvège, Pays-Bas, Suède et Suisse) sont réunis la semaine passée pour faire le point, à Saint Jean-Cap Ferrat, pas loin de Monaco.

Qu’ont-ils déjà à nous dire? Que des organismes marins clés, tels que les coraux profonds et les ptéropodes (escargots planctoniques) pourraient être profondément affectés par l’acidification des océans dans les années à venir. Une étude menée au LOV montre que le ptéropode Limacina helicina construit sa coquille à une vitesse 30 % plus faible lorsqu’il est maintenu dans une eau de mer ayant les caractéristiques attendues en 2100. Une diminution encore plus forte (50 %) a été mesurée chez le corail d’eaux froides Lophelia pertusa.

Mehra nous fait oublier les crevettes

Le phytoplancton calcaire, maillon important du cycle du carbone océanique, apparaît très sensible à l’acidification. Une étude impliquant notamment des chercheurs du CNRS (Aix en Provence) a montré que la sécrétion du squelette calcaire d’une espèce de microalgues : les coccolithophores, diminue quand les eaux marines deviennent plus acides, mais certaines souches hyper-calcifiées se sont adaptées aux milieux les plus corrosifs. Leurs résultats ont été publiés le 4 août 2011 dans la revue Nature. Plus de 150 articles l’ont été pendant la durée du projet.

Certains organismes calcificateurs (moules, coquillages et coraux) protègent leur coquille ou leur squelette de l’action corrosive de l’eau de mer. Cela leur confère une extraordinaire capacité à résister à l’acidification des océans. Malgré tout, celle-ci est amoindrie quand ces organismes sont exposés à une température élevée (supérieure à 28,5°C) durant une longue période. Des résultats qui laissent à penser que le réchauffement prévu de la mer Méditerranée, couplé à l’acidification de ses eaux, va accroître la fréquence des épisodes de mortalité de ces organismes.

Enfin un groupe de chercheurs allemands, norvégiens et anglais a relevé des résultats inquiétants sur des poissons d’intérêt commercial. Des lésions importantes dans plusieurs organes vitaux dans des larves de cabillaud ont été constatées lorsque les larves ont été soumises à des conditions de CO2 attendus pour la fin du siècle. D’autres études, par exemple relatives à la situation de communautés planctoniques au Spitzberg, sont toujours en cours de dépouillement. Mais vraiment pas de quoi se réjouir.

Pourtant, avez-vous entendu les candidats à la présidentielle, y compris, Eva Joly parler d’écologie, autrement qu’en gadget? Mehra nous fait oublier les crevettes. Nous sommes vraiment mal barrés. Mais nous l’aurons bien cherché.

Flavia Labau, metamag.fr, 10 April 2012. Article.


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