Des phytoplanctons profitent du réchauffement climatique (in French)

NE JAMAIS désespérer de la nature. Ce pourrait être la leçon de l’étude publiée dans la revue Science, vendredi 18 avril, par une équipe d’océanographes et biologistes : elle met en évidence l’étonnante faculté de certains planctons à prospérer, non seulement en dépit mais grâce à l’augmentation du dioxyde de carbone (CO2) atmosphérique. Une propriété qui déjoue toutes les prévisions.
Certains planctons végétaux (ou phytoplanctons), socle de la chaîne alimentaire océanique, ne peuvent prospérer qu’en se construisant un exosquelette calcaire, très sensible à l’acidité. Or l’acidité des eaux océaniques augmente proportionnellement à la concentration atmosphérique en CO2. On estimait donc jusqu’à présent que l’évolution du climat allait fragiliser ces espèces.

De telles prévisions inquiétaient les spécialistes. Le phytoplancton est en effet une gigantesque usine photosynthétique de pompage et de recyclage du CO2 de l’atmosphère. Il y « prélève » plus de 50 milliards de tonnes de carbone par an et l’introduit dans la chaîne alimentaire. Que le phytoplancton vienne à décliner et c’est la capacité des océans à atténuer le changement climatique qui s’en trouverait amoindrie…

Les auteurs de l’étude ont mené des tests sur Emiliania huxleyi, un coccolithophoridé qui compte parmi les espèces les plus courantes de phytoplancton. Ils ont placé ces végétaux microscopiques dans un milieu dont ils ont fait changer l’acidité. Ils ont constaté que dans une eau aussi acide que le seraient les océans avec une concentration atmosphérique de CO2 de 780 parties par million (ppm), Emiliania huxleyi forme des cellules jusqu’à deux fois plus volumineuses et mieux calcifiées que dans une eau correspondant à la concentration de CO2 préindustrielle de 280 ppm (elle est aujourd’hui de 385 ppm et croît à raison d’une à deux ppm par an).

En outre, écrivent Debora Iglesias-Rodriguez (université de Southampton, Grande-Bretagne) et ses coauteurs, ces résultats en laboratoire sont cohérents avec des mesures opérées sur des carottes sédimentaires prélevées dans l’Atlantique Nord. Selon les chercheurs, depuis 220 ans, la masse totale de coccolithophoridés aurait crû de près de 40 %.

« RELATIF SCEPTICISME »

Faut-il en déduire que l’activité biologique de l’océan va croître ? « Il est aujourd’hui impossible de le prévoir avec certitude », estime l’océanographe James Orr. De récentes observations par satellite suggèrent l’inverse ( Le Monde du 5 février). D’autres effets du réchauffement, par exemple le ralentissement des remontées d’eaux profondes, riches en nutriments, pourraient freiner la croissance des planctons végétaux.

« L’acidification des océans a un effet néfaste bien documenté sur la croissance d’organismes comme les foraminifères ou les coraux, précise James Orr. Concernant l’étude publiée dans Science, la communauté restera relativement sceptique jusqu’à ce que l’on mette en évidence les mécanismes biologiques qui rendent possible un tel paradoxe. » Cela reste, pour l’heure, un complet mystère.

Stéphane Foucart, Le Monde, 22 April 2008. Article.


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