Maurice entouré d’un océan plus acide (in French)

Quand l’eau de mer absorbe du dioxyde de carbone, une série de reactions chimiques se produisent. Elles entraînent une concentration accrue d’ions d’hydrogène, rendant l’eau de mer plus acide, car les ions carbonates sont relativement moins abondants.

«UN pH de l’ordre de 7,9 a été confirmé au large d’Albion par les mesures effectuées par le Mauritius Oceanography Institute. Ce chiffre est inférieur à la moyenne mondiale, ce qui est signe que l’océan à Maurice est plus acide», soutient Vassen Kauppaymuthoo, océanographe. Le pH permet de mesurer l’acidité ou la basicité d’une solution à 25 degrés, explique-t-il. L’eau de mer comprend un mélange d’ions dont le sodium et le chlorure, qui lui donnent le goût salé mais la concentration des différents ions fait que le pH de l’eau des océans est basique, de 8,2 en moyenne. Mais il y a des variations saisonnières, et des variations liées à la proximité des terres dues aux activités humaines.

Au dire de Vassen Kauppaymuthoo, ces activités contribuent grandement à ce problème à travers l’acidification des cours d’eau, l’utilisation de fertilisants et de carbone organique, qui favorisent le développement des algues, qui consomment l’oxygène en produisant du dioxyde de carbone. «À Maurice, l’utilisation de véhicules à essence et au diesel, ainsi que l’huile lourde pour la production énergétique, provoque la formation d’acide sulfurique sous forme gazeuse.» Il soutient que les nuages orange d’acide sulfurique sont d’ailleurs très visibles à Port-Louis et autour d’autres centrales thermiques. Ces nuages se combinent à l’humidité de l’atmosphère pour former des pluies acides, qui affectent l’environnement et contribuent à l’acidification des océans.

PÊCHE AFFECTÉE

Il y a également «l’exploitation des gisements de charbon et de pétrole et leur utilisation en les brûlant, que ce soit dans notre voiture ou dans les centrales électriques thermiques, qui a provoqué dans l’atmosphère un relâchement de 277 ppm à 414,7 ppm (millionième de particule) de ce carbone sous forme de gaz carbonique ou dioxyde de carbone, un gaz à effet de serre qui cause le changement climatique», énonce l’océanographe. Les océans ont par la suite absorbé la moitié de ces émissions. Il explique que quand la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère augmente, la pression partielle du gaz dans l’atmosphère monte et la dissolution du dioxyde de carbone dans l’eau de mer forme de l’acide carbonique et provoque une acidification des océans.

D’autre part, l’acidification des océans affecte déjà la pêche et elle contribue également à l’érosion massive de nos côtes suite à la diminution de la production de sable car les organismes qui les produisent – comme les algues calcaires, les coquillages et les coraux – sont affaiblis par une eau qui s’acidifie et qui détruit leur squelette de carbonate de calcium. Ainsi, tout notre écosystème marin est en train de changer, et cela est visible à travers les coraux qui disparaissent. Par ailleurs, cela a un impact plus important sur l’équilibre de nos écosystèmes. La survie des humains dépendra directement de la santé de nos océans.

Néanmoins, les océans développent une biodiversité, qui est adaptée à un milieu basique. De ce fait, soutient Vassen Kauppaymuthoo, les squelettes des organismes planctoniques, des coquillages, du sable et des coraux sont en carbonate de calcium et l’acidification des océans fait «fondre» ces structures, causant des dégâts irréversibles sur la chaîne alimentaire et l’écosystème marin en général, affaiblissant le plancton, les coquillages, les organismes produisant le sable et les coraux, qui se fragilisent et finissent par mourir.

Il souligne que cette situation est dramatique et les conséquences seront désastreuses, du plus petit organisme marin aux baleines, qui se nourrissent d’organismes qui ont des squelettes calcaires. «L’acidité de l’océan augmentera les effets catastrophiques du changement climatique sur nos îles. La vie de certains organismes marins se fragilise et finit par disparaître au profit des organismes ayant un squelette en silice», ajoute l’océanographe. D’un autre côté, «ces changements dans l’océan peuvent également affecter le comportement des organismes non calcifiants. La capacité de certains poissons à détecter les prédateurs est diminuée dans les eaux plus acides. Lorsque ces organismes sont en péril, l’ensemble de la chaîne alimentaire peut aussi l’être», soutient Roshan Ramessur, Chairman d’Ocean Acidification Steering Commitee et Associate Professor de la faculté de science de l’université de Maurice.

COÛTS

Il indique que la Fondation Océan Washington DC, la Western Indian Ocean Marine Science Association (WIOMSA), l’International Oceanographic Commission de l’Unesco, et l’AIEA Ocean Acidification International Coordination Centre financent le renforcement des capacités de mesure du pH et de l’alcalinité totale à Flic-en-Flac et Albion où des échantillons d’eau sont prélevés à un sous-ensemble d’endroits dans des lagunes et en haute mer.

«La nature discrète en profondeur de cet échantillonnage est très importante et fournit des données, qui complètent l’échantillonnage de surface plus intensif effectué par les capteurs de pH connus sous le nom de Sunburst Sensors aux États-Unis et les méthodes de mesures d’alcalinité peuvent coûter entre 4 000 et 25 000 $, selon les instruments utilisés», confie-t-il. Ces échantillons sont ensuite recueillis pour mesurer le pH et l’alcalinité et leurs analyses, qui ont débuté en 2017, sont effectuées à l’université de Maurice, en collaboration avec le Mauritius Oceanography Institute.

Olivia Edouard, L’Express, 11 June 2019. Article.

1 Response to “Maurice entouré d’un océan plus acide (in French)”


  1. 1 Lina Hansson 13 June 2019 at 09:52

    Note that the terminology used in this article is misleading. The definition of “acidic” in the Oxford English dictionary is “having the properties of an acid; having a pH of less than 7″. Despite the process of ocean acidification, the oceans are alkaline (pH higher than 7) and will not become acidic in the foreseeable future. Hence, “acid” or “acidic” should not be used when referring to seawater. Note that there are few exceptions, seawater can be acidic in the immediate vicinity of CO2 vents or in purposeful perturbation experiments.


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