Les émissions de CO2 changent la composition des océans (in French)

«Sur la plage abandonnée, crustacés et crustacés…» Au rythme actuel de l’évolution des océans, qui menace la survie de certains coquillages, c’est ainsi qu’il faudra adapter la célèbre chanson de Brigitte Bardot. Publié dans le cadre des négociations sur le climat qui se déroulent actuellement à Varsovie (Pologne), un rapport évoquant l’augmentation régulière de l’acidification de toutes les mers du monde montre en effet que si rien n’est entrepris d’ici à la fin du siècle, coquillages et coraux risquent d’en pâtir lourdement.

Ce rapport compile les travaux de quelque 540 experts dans 37 pays et rappelle que la lutte contre les émissions de CO2 n’a pas pour seul objectif de limiter le réchauffement climatique. «La hausse constante du dioxyde de carbone dans l’atmosphère liée aux émissions anthropiques augmente l’acidité de l’eau», souligne le document. Les océans absorbent environ un quart des émissions de CO2 liées aux activités humaines. «Depuis le début de la révolution industrielle, cela a conduit à une augmentation de 26 % de l’acidité de l’eau», précise le rapport. Or l’acidification dissout le calcaire qui constitue l’essentiel des coquillages, des coraux et de certains micro-organismes du plancton.

«Pour les coraux, l’acidification vient s’ajouter à la hausse de la température de l’eau qui provoque le blanchissement des récifs», souligne Jean-Pierre Gattuso chercheur au laboratoire d’océanographie de Villefranche-sur-Mer (CNRS-UPMC). «Les coraux sont constitués d’une fine couche vivante qui se dresse sur une épaisse couche de coraux morts plus fragiles, en calcaire. L’acidification de l’eau va petit à petit dissoudre cette couche et tout va s’écrouler», explique le chercheur.

La très grande quantité de travaux consacrés à cette question permet désormais aux chercheurs de nuancer leurs affirmations entre celles ayant un très fort indice de confiance et celles qui demandent encore à être vérifiées.

La communauté scientifique est désormais certaine que l’acidification des océans réduira leur capacité d’absorber le carbone émis dans l’atmosphère. Les experts affirment également avec une certaine assurance que l’acidification en cours est la plus rapide jamais observée depuis des millions d’années.

Les organismes vivants les plus sensibles à ce phénomène sont les mollusques, tels que les moules, les huîtres et les ptéropodes. De là à dire que la dissolution des coquilles a déjà commencé, les chercheurs se montrent plus prudents. Mais il se trouve qu’il existe des zones sous la mer qui sont de formidables lieux d’expérimentation: notamment à côté de l’île d’Ischia près de Naples en Italie ou encore vers la Papouasie-Nouvelle-Guinée «on trouve des sources naturelles de CO2 qui ouvrent une véritable fenêtre sur le futur», souligne Jean-Pierre Gattuso. L’eau y est en effet beaucoup plus acide que partout ailleurs «mais cela correspond au niveau de pH que l’on aura dans les océans en 2100, précise le chercheur français. Or en Italie ce sont 30 % des espèces qui ont disparu et autour de la Nouvelle-Guinée il ne reste qu’une ou deux espèces de coraux vivantes.»

Le rapport souligne, en revanche, les incertitudes qui subsistent sur l’impact potentiel sur la pêche. Car certaines plantes et des espèces de phytoplancton profitent de cette acidification. En Méditerranée, cela concerne notamment la posidonie, plante emblématique protégée en raison notamment de son rôle comme lieu de reproduction pour les poissons. Mais ce point positif est bien le seul. Le pH des océans qui mesure l’acidité est passé de 8,2 en 1800 à 8,1 aujourd’hui. «Mais ne nous y trompons pas une unité de 0,1 cela représente une hausse de l’acidification de près de 30 % dans la mesure où il s’agit d’une échelle logarithmique, insiste Jean-Pierre Gattuso. Si on continue à relâcher du CO2 dans l’atmosphère comme actuellement, on aura un pH de 7,7 ou 7,8 en 2100.»

Il existe bien un système naturel capable de contrecarrer ces effets, grâce à la dissolution lente des débris de coquilles et squelettes calcaires tombés au fond des océans, mais le phénomène met des milliers d’années pour agir. La seule solution possible reste donc la diminution des émissions de CO2. C’est pour cet objectif que 192 pays négocient chaque année depuis dix-neuf ans sous l’égide de l’ONU, sans aucun progrès depuis le protocole de Kyoto.

Marielle Court, Le Figaro, 15 November 2013. Article.


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