La Méditerranée sous la menace du gaz carbonique ? (in French, videos)

L’augmentation du gaz carbonique (CO2) rejeté dans l’atmosphère par les diverses activités humaines (transport, chauffage, industrie, ..) influe non seulement sur le changement climatique mais aussi sur la chimie des océans. L’eau de mer devient progressivement plus acide. Des conséquences importantes sur les organismes marins pourraient en résulter : dégradation et fragilisation des coquilles et des carapaces calcaires, diminution de la biodiversité.

La mer, un réservoir naturel de gaz carbonique

Les milieux marins sont l’un des plus grands réservoirs naturels de gaz carbonique sur Terre ; et c’est bien ainsi. Ils jouent un rôle essentiel dans la régulation du climat et des cycles biogéochimiques, notamment par leur capacité à absorber le dioxyde de carbone (CO2) de l’atmosphère.

Toutefois l’augmentation massive des rejets de ce gaz du fait du développement sans précédent des transports et de l’industrie conduit à une plus grande absorption qui entraîne une acidification de l’eau de mer plus importante

L’importance de cette modification de l’acidité de l’eau reste dans une proportion encore imprévisible. Dans 50 ou 100 ans, les squelettes externes de certains organismes marins pourraient ne plus se former ou bien se dissoudre. Ces atteintes affecteraient notamment les coquillages et les crustacés et perturberaient à terme le fonctionnement des chaînes alimentaires, entraînant une perte importante de la biodiversité marine.

La quantité de CO2 rejeté et ses conséquences marines

Le gaz carbonique rejeté dans l’atmosphère a considérablement augmenté (361 GT de carbone entre 1800 et 1999) depuis l’ère industrielle. Une grande partie (155 GT) a été absorbée par l’océan. La dissolution du gaz carbonique dans l’eau de mer tend à acidifier les océans.

Plus d’un million de tonnes de gaz carbonique, pour l’essentiel d’origine anthropique, sont absorbés par heure par les mers (25 millions de gaz carbonique absorbés par jour).

La valeur du pH des océans qui se stabilisait à 8,2 pendant des centaines de milliers d’années a chuté de 0,1 point depuis le début de l’âge industriel en 1800. Le pH océanique moyen pourrait descendre à 7,9 voire 7,8 à la fin de ce siècle.
Au dessous d’un pH inférieur à 7,6, les organismes calcifiés comme les coraux ne pourraient plus exister. Déjà certaines coquilles ont des difficultés à fabriquer leur coquille.

Les recherches sur l’acidification

Les conséquences de ce phénomène n’ont commencé à être étudiées qu’à partir de la fin des années 1990 et restent méconnues. Parmi les plus probables : la diminution de la croissance des organismes à squelette calcaire (coraux, mollusques, algues, crustacés, larves) et à long terme un impact sur la chaîne alimentaire et la vie dans les océans. Si la teneur de l’atmosphère en CO2 doublait au cours du 21e siècle, la presque totalité des coquilles de dissoudrait.

Exemple

Selon l’article Loss of Mediterranean marine biodiversity in a high-CO2 world of Jason Hall-Spencer and Ricardo Rodolfo-Metalpa in Proceedings of Impacts of acidification on biological, chemical and physical systems in the Mediterranean and Black sea, 4 october 2008

• 8.2 <7.8 : communauté typique de fonds rocheux avec d’abondants organismes calcifiés
Organismes avec aragonite : Hamelida (algue), Caryophyllia, Cladocora, Balanophyllia (coraux) et épiphytes calcaires
Oursins : Paracentrotus lividus, Arbacia lixula
• 7.8 < pH : diminution du nombre d’espèces de 30%
sont absents : algues calcaires, coraux (Cladocora caespitosa, Balanophyllia europaea), oursins
sont présents : mollusques gasteropodes (patelle), crustacés (Chthamalus stellatus)
Leur résistance serait dues à une structure différente du carbonate de calcium
Leur présence serait dues à l’attraction vers la nourriture les algues étant plutôt abondantes à ce niveau : Caulerpa, Cladophora, Asparagopsis, Dictyota , Sargassum
Par contre les organismes épiphytes peuplant habituellement les herbiers sont en forte diminution.
• 7.4 < ph : absence de juvéniles gastéropodes (Osilinus turbinata et Patella caerulea), les adultes (dont Hexaplex trunculus et Cerithium vulgatum) sont présents mais avec une coquille plus molle ce qui les met en danger face aux prédateurs.

La Déclaration de Monaco

Plus de 150 grands noms des sciences de la mer, originaires de 26 pays, ont appelé les décideurs à agir pour réduire les émissions de CO2. Leur objectif : éviter que l’acidification des océans ne cause des dommages étendus et graves aux écosystèmes marins.

Un avertissement est lancé lors de la “Déclaration de Monaco”, elle a été rendue publique le 30 janvier 2009.
http://www.fondationprincealbertiidemonaco.net/fondation.asp?page=DOCUMENTS&type=3

The other CO2 problem (film)
 

Site liens

Grand public :
http://www.eur-oceans.info/EN/medias/films.php: Acidification de l’océan (disponible en anglais, français, allemand, espagnol)
 
Scientifiques :

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