L’homme, prédateur indirect des coraux (in French)

Selon une étude, la totalité des massifs coralliens est menacée de disparition d’ici à 2050 en raison des activités humaine

D’ici à 2050, l’un des spectacles les plus éblouissants du monde sous-marin, par ailleurs immense réservoir de biodiversité et source de revenus importante pour des centaines de milliers d’habitants des zones côtières, sera menacé de disparition, selon une étude publiée par le World Resources Institute (WRI), mercredi 23 février.

Cette organisation non gouvernementale américaine prévoit un avenir plus sombre que jamais pour les récifs coralliens, souvent qualifiés d’équivalent marin des forêts tropicales. Quelque 800 espèces de coraux ont été décrites, et les récifs calcaires qu’ils construisent hébergent un quart des espèces marines connues.

Alors que le dernier bilan mondial réalisé par l’Initiative internationale pour les récifs coralliens (ICRI), publié en février 2009, évaluait à 40% la proportion de récifs menacés d’ici à quarante ans, le WRI estime que 75 % des coraux le sont d’ores et déjà, que 90 % le seront en 2030 et la totalité en 2 050.« Ces chiffres ne signifient pas que tous les coraux auront disparu, mais que tous seront confrontés à des facteurs pouvant causer leur dégradation et leur disparition », précise Lauretta Burke, du WRI.

Ce travail, jugé « sérieux » par Bernard Salvat, représentant fran- çais à l’ICRI, modélise les multiples menaces qui pèsent sur les coraux. Les facteurs locaux sont aujourd’hui prépondérants. La surpêche, en soustrayant de l’écosystème des espèces à haute valeur commerciale, aboutit à une diminution du nombre et de la taille des poissons. Les récifs sont alors plus facilement recouverts d’algues, faute de poissons herbivores en quantité suffisante. La pêche au cyanure et à l’explosif, employée en Afrique de l’Est et en Asie du Sud-Est, fait aussi des ravages.

La pollution en provenance du littoral dégrade aussi les récifs. Quelque 40 % de la population mondiale vit à moins de cent kilomètres des côtes, ce qui provoque urbanisation, érosion des sols et afflux de polluants dans l’eau. Dans les Caraïbes, en Asie du SudEst et dans le Pacifique, 80 à 90% des eaux usées sont rejetées en mer sans traitement. Cet excès de nutriments provoque des prolifé- rations de plancton et d’algues qui bloquent la croissance des récifs.

Pour la première fois, le WRI a en outre estimé l’impact du réchauffement climatique. Quand l’eau se réchauffe, même légèrement, l’animalexpulse les algues microscopiques avec lesquels ilvit en symbiose, les zooxanthelles, qui lui donnent ses couleurs et assurent son alimentation. Si ce stress dure trop longtemps, le corail meurt. De tels épisodes sont de plus en plus fré- quents:3700 ont eu lieu entre 1998 et 2010, contre 370 entre 1980 et 1997. Le blanchissement massif de 1998 a tué 16 % des coraux du globe. Ce phénomène se généralisera si les rejets de CO2 dans l’atmosphère se poursuivent au rythme actuel, selon le WRI.

Enfin, l’étude prend en compte, également pour la première fois, l’acidification des océans. « Une partie des rejets de CO2 dans l’atmosphère est absorbée par les océans, ce qui augmente l’acidité de l’eau, explique Jean-Pierre Gattuso, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Dans ces conditions, les coraux ont plus de mal à former leurs squelettes calcaires. » Le WRI estime que, sans inflexion des émissions de CO2 , seuls 15 % des coraux bénéficieront encore de conditions favorables à la calcification en 2 050.

La disparition de nombreuses espèces n’est pas le seul risque encouru: les coraux protègent les côtes, fournissent alimentation et revenus liés à la pêche et au tourisme. Le WRI entend utiliser ses conclusions pour convaincre les Etats concernés de prendre des mesures de protection. Aujourd’hui, seuls 6 % des récifs se situent dans des aires marines protégées efficacement gérées. Selon le WRI, une baisse de la surpêche et de la pollution permettrait de « gagner du temps ». Un temps nécessaire pour juguler les émissions de gaz à effet de serre et permettre aux animaux de s’adapter.

Bernard Salvat et son confrère Serge Planes, qui dirige la seule unité française spécialisée dans les récifs coralliens, ne remettent pas en question les fondements du travail du WRI, mais estiment que cette capacité d’adaptation n’est pas assez prise en compte dans le rapport. « Je suis moins alarmiste, dit M. Planes. Il s’agit d’écosystèmes d’une grande complexité. Les espèces dominantes actuelles vont péricliter, mais elles pourraient être remplacées par des espèces non dominantes, plus résistantes.»

« Tout va très vite, observe cependant Jean-Pierre Gattuso. Ce sont des perturbations gigantesques, qui se produisent sur des échelles de temps très courtes. Il ne faut pourtant pas donner l’impression que tout est perdu, car il est encore temps d’agir. »

Gaëlle Dupont, Le Monde, 28 February 2011.

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